Avant que vous ne commenciez la lecture de cette nouvelle, je tiens à vous mettre en garde que celle-ci comporte des scènes qui pourraient heurter la sensibilité de certains d'entre vous.
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Camille, un prénom qui résonne comme un murmure au loin.
En ces temps-là, nous étions les meilleures amies du monde, toi et moi comme deux doigts de la main, inséparables. Nous étions jeunes, immatures, innocentes, nous répondions toujours présentes pour les pires bêtises. Nous avions évolués ensemble, partagés les mêmes bancs d'école. C'est à ce moment-là que tu as commencé à le regarder différemment, ta vision de cet homme avait changé, tu étais devenue femme. Je crois même que tu découvrais l'amour, c'est lui que tu avais choisi pour en parcourir les méandres. Je me suis sentie un peu abandonnée par cette situation qui se présentait à nous, elle devait nous séparer, c'était certain. Nous n'étions plus des enfants, notre esprit ainsi que nos corps avaient d'autres aspirations que de grimper aux arbres ou de voler les petites piécettes récoltées par le curé lors de la messe du dimanche. Instinctivement, nous tournions la page d'une partie de notre vie, la nature reprenait ses droits. Arriva le jour où tu m'annonças ton intention de vivre avec lui, que c'était le compagnon idéal, peut-être même le père de vos futurs bambins. Je n'avais pas confiance en lui mais je t'ai laissé faire, c'était ton choix. Je m'en voudrai toute ma vie de ne pas avoir agi à cet instant, bien des larmes et des drames auraient ainsi pu être épargnés. Je n'ai rien dis car j'y croyais, tout le monde peut changer, chacun de nous a droit à une seconde chance, à commencer par lui. J'étais loin de m'imaginer la suite, incapable de concevoir le calvaire que tu allais endurer en permanence.
De quel droit s'est-il permis de briser ta pureté de cette façon ? Pourquoi ne l'as-tu pas quitté ? Tu l'aimais, sans doute, pour avoir accepter cette attitude à ton égard mais saches que l'amour n'excuse pas tout. Il n'avait pas le droit de t'injurier comme une pauvresse, de te dénigrer, de te sous-estimer. Tu ne méritais pas un tel traitement, d'ailleurs personne ne peut être malmené ainsi, rien ne peut justifier un tel comportement. La violence de ses propos était telle que tu as fini par devenir folle. Je n'ai rien vu venir, je t'assure, il ne faut pas croire que mon inaction aurait pu faire de moi sa complice. Tu ne racontais rien de ce que tu vivais, tu le cachais, tu en avais trop honte comme la plupart de ces femmes n'existant uniquement que dans l'ombre écrasante de leur compagnon. Il était malin, il ne te frappait jamais au visage, personne ne pouvait soupçonner de tels actes et puis le harcèlement moral ne laissait pas de traces non plus. Tu as souffert dans une parfaite solitude, même moi, j'ai fini par te tourner le dos. J'avais rencontré mon futur mari, nous avions aussi des projets. J'ai été égoïste, je ne me suis occupée que de ma petite vie sans me soucier de la tienne. Que de regrets ! Tu avais peut-être l'espoir qu'il change, essayé qu'il découvre de lui-même une autre façon d'aborder la vie, votre couple. Tu voulais être là quand le déclic se produirait, étais-tu vraiment obligée de subir ses éternelles frustrations ? Je ne le pense pas, ce n'était pas à toi d'attendre un avenir meilleur mais à lui de ne pas persister à te le gâcher !
Tu as fini par être emmenée à l'hôpital, je l'ai su par ta mère. Je suis directement venue à ton chevet, quelle tristesse ! J'ai constaté l'ampleur des dégâts, toutes ses séquelles physiques et psychologiques que tu traîneras le restant de tes jours. Toute cette cruauté mise à nu ! Tu avais littéralement été rouée de coups, tu étais méconnaissable. Je n'ai pas arrêté de pleurer, je me sentais si impuissante, j'avais la rage. S'était-il rendu compte jusqu'où il était allé ? Le plus important était que tout était terminé, maintenant j'étais au courant de tout ce qui s'était passé. J'étais déterminée à te reprendre en main mais le destin en décida autrement. Les médecins ont préféré t'interner dans un centre psychiatrique, tu étais trop atteinte nerveusement, tu avais besoin d'être suivie par des spécialistes. Je suis toujours restée à tes côtés, toutes les semaines, je passais te rendre visite. Nous nous promenions dans le parc jouxtant le bâtiment central, tu as commencé à vider ton sac pour entrer tout doucement dans les détails. Que s'était-il réellement produit dans votre huiclos ? A t'entendre m'expliquer ta descente aux enfers, j'en avais des frissons, j'hallucinais. Toi, si frêle, comment as-tu pu y survivre ? Ce bourreau qui s'acharnait sur toi, qui n'a jamais eu aucune compassion, tu n'étais rien. Tu étais à sa disposition, tu étais à ses ordres, tu n'étais pas humaine, tu étais sa chose. Tu ne te rendais même pas compte à quel point il t'avait rabaissé, réduite à une simple serpillière, tu n'étais plus qu'une miette dans le néant de cet esprit dérangé.
Tu m'as décrit chaque scène de violence avec beaucoup de précision, tu avais besoin d'évacuer tout ce mal imprimé en toi, déverser ce venin qui te pourrissait les veines. Malgré mon aversion face à tant d'horreur, de méchanceté gratuite, j'essayais de te comprendre. Parfois, j'avais du mal, il m'était difficile de supposer qu'une femme puisse continuer à espérer en son conjoint dans une atmosphère aussi pesante, tellement humiliante. Je me souviens d'une en particulier, au-delà de l'inimaginable, impossible à créer même dans les esprits les plus fertiles.
Il est rentré ce soir-là alors que tu étais à t'affairer au ménage, déjà la crainte se lisait dans tes yeux. Contrairement à ses habitudes, il te prit par la taille et t'embrassa fougueusement. Son regard posé sur toi, était différent, tu as cru à une réminiscence, à un nouveau départ. Tu sentais une joie indescriptible monter en toi, tes joues rougissaient, tu en avais les larmes aux yeux. Ce portrait idyllique ne dura, malheureusement, qu'un court instant. Il commença par te frapper au visage, surprise par le choc, tu tombas à terre. Il t'empoigna par le cou et te traîna jusque dans la cuisine où il te jeta sur la table violemment. Il t'arracha les vêtements comme un sauvage, son visage était pourpre, il avait de la bave à la commissure des lèvres. Sa bouche était défigurée par des spasmes, il avait la haine, ses yeux roulaient dans leurs orbites. Ce n'était plus un homme mais une bête assoiffée de sang. Tu étais nue, il ne s'arrêtait plus de te battre, les coups pleuvaient. Il s'esclaffait comme un dément, il exultait, les veines de son cou en devenaient saillantes. Il prenait du plaisir à te voir souffrir, si soumise. Il prit une cuillère en bois et te la planta entre les fesses, il te crachait dessus. Cela ne suffisait pas, il débrailla son pantalon et te mis son sexe en bouche. Il t'arrachait les cheveux, ses ongles s'enfonçaient dans ton crâne. Il en voulait toujours plus. Tu pleurais, tu le suppliais de cesser. Il ne t'écoutait pas, il te donna même un coup de poing pour te faire taire. Il t'agrippa par les épaules et te mis à quatre pattes, face contre terre. Il te sodomisa, sèchement, sans âme, sans amour. Tu hurlas de douleur, tu finis par perdre connaissance. A ton réveil, nue sur le carrelage, une marre de sang s'étendait à tes côtés. Tu avais beaucoup de peine à ouvrir les yeux, il était là près de toi, inconscient.
Il avait un couteau planté dans le c½ur. Cet organe avait toujours été de pierre, tu avais réussi à y frayer un chemin avec ton instrument de mort. Tu l'avais vaincu.
L'avocat posa sa main sur mon épaule et me dit :
«Madame, c'est à votre tour de témoigner».

